RE 2020 au 1er mai 2026 : sécuriser un projet de centre aquatique (énergie, carbone, confort d’été)

À compter du 1er mai 2026, la RE2020 s’applique à de nouvelles catégories de bâtiments tertiaires « spécifiques », dont les établissements sportifs. Cette évolution résulte du décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026, publié au Journal officiel du 17 janvier 2026 et entrant en vigueur le 1er mai 2026.

Pour un centre aquatique, l’enjeu est particulièrement sensible : c’est l’un des bâtiments publics les plus intensifs en énergie (chauffage de l’eau, chauffage/traitement de l’air, déshumidification, renouvellement d’air, pompages), et l’un des plus complexes à stabiliser en exploitation. La RE2020 ajoute une contrainte structurante : prouver, dès la conception, une performance énergétique, carbone et de confort d’été conforme à des exigences opposables, avec une logique “résultat”.

Ce qui suit vise à vous donner un cadre très opérationnel centré sur les centres aquatiques : ce qui change, les points de vigilance qui peuvent faire dérailler un projet, et une méthode de pilotage pour sécuriser le permis et la trajectoire de performance.

1) Ce qui change au 1er mai 2026 : périmètre, date, opposabilité

Le décret prévoit que les dispositions s’appliquent aux constructions (ou parties de bâtiments) faisant l’objet d’un permis de construire ou d’une déclaration préalable déposée à compter du 1er mai 2026, pour une liste d’usages intégrant explicitement les établissements sportifs.

Le portail gouvernemental RT-RE Bâtiment précise qu’il existe une version des chapitres I à III de l’annexe de l’article R.172-4 du CCH applicable aux projets dont le dépôt du permis intervient après le 1er mai 2026, tout en rappelant que les documents du portail sont informatifs et que les textes publiés au JO font foi.

2) Question n°1 pour un centre aquatique : êtes-vous « dans le champ » ou dans une exclusion ?

Avant même de parler d’optimisation, un centre aquatique doit passer un test simple : est-il considéré comme un “établissement sportif” RE2020 standard, ou entre-t-il dans l’une des exclusions prévues par le décret ?

Le décret indique que les dispositions ne s’appliquent pas à la construction de bâtiments (ou parties de bâtiments) qui, « en raison de contraintes spécifiques liées à leur usage, doivent garantir des conditions particulières de température, d’hygrométrie ou de qualité de l’air » et nécessitent des règles particulières.

Or, un centre aquatique impose précisément des conditions particulières :

  • hygrométrie et point de rosée maîtrisés pour éviter corrosion/condensation,

  • températures d’air supérieures à l’eau de bassin,

  • qualité d’air (chloramines, renouvellement, déshumidification) sous contrainte sanitaire et de confort.

Cela crée une zone de vigilance majeure : il existe un risque réel que tout ou partie d’un centre aquatique soit considéré comme relevant d’un régime “contraint” nécessitant des règles particulières, et donc qu’il faille qualifier juridiquement et techniquement le périmètre exact assujetti.

Méthode recommandée (pragmatique et sécurisante)
  1. Découper le projet en “parties de bâtiment” : hall bassins, annexes bassins, vestiaires/douches, zones bien-être, zones administratives, locaux club, etc.

  2. Documenter les conditions “imposées par l’usage” (T°, HR%, qualité air) sur chaque zone : ce sont ces contraintes qui fondent potentiellement l’exclusion.

  3. Tracer une décision (AMO/MOE + contrôle technique) : quelles zones sont traitées en “cas standard” vs “cas contraint / règles particulières”, et sur quelle base.

Sans ce travail, vous prenez un risque de contentieux technique (désaccord en phase permis / attestation / achèvement), ou de reconception tardive si l’assujettissement est requalifié en cours d’études.

3) Les exigences de résultat : ce que vous devrez démontrer si vous êtes assujetti

Le décret fixe cinq exigences de résultat :

  1. optimisation de la conception énergétique du bâti indépendamment des systèmes,

  2. limitation de la consommation d’énergie primaire,

  3. limitation de l’impact climatique associé aux consommations,

  4. limitation de l’impact des composants (carbone construction),

  5. limitation des situations d’inconfort en période estivale.

Il introduit également un indicateur calculé à titre informatif : la consommation d’énergie primaire renouvelable.

Pour un centre aquatique, ces exigences se traduisent par une implication concrète : vous ne pouvez plus “compenser” une enveloppe médiocre par une usine à gaz technique. L’enveloppe et la stratégie aéraulique/hygrométrique doivent être cohérentes dès l’APS, sinon vous paierez ensuite en CAPEX, OPEX et dérives d’exploitation.

4) Les valeurs “cadre” pour les établissements sportifs : utiles, mais insuffisantes pour un centre aquatique

Le cadre proposé pour les établissements sportifs (sans distinction par type) retient notamment :

  • Bbio_max moyen : 94 points (municipaux/scolaires et privés),

  • Cep,nr_max moyen : 94 kWhep/m²/an (municipaux/scolaires) et 112 (privés),

  • Cep_max moyen : 116 kWhep/m²/an (municipaux/scolaires) et 148 (privés).

Ce cadre donne un “couloir” pour des gymnases, salles multisports, dojos, etc. Pour un centre aquatique, la difficulté est évidente : l’intensité énergétique et les contraintes d’hygrométrie rendent la comparaison délicate. D’où l’intérêt crucial du point 2 (qualification “standard” vs “contraint”).

Même si certaines zones du projet entrent clairement dans l’assujettissement (par exemple bureaux/administration), d’autres (hall bassins) peuvent nécessiter un traitement spécifique. L’important est d’éviter l’erreur classique : piloter un centre aquatique comme un équipement sportif “générique”.

5) Stratégie de conception RE 2020 spécifique aux centres aquatiques

5.1. Enveloppe : la “première machine énergétique” du centre aquatique

Dans un hall bassins, l’enveloppe ne sert pas seulement à isoler : elle doit aussi empêcher la migration de vapeur, limiter les ponts thermiques, et contenir les zones de condensation.

Priorités techniques :

  • continuité de l’isolation (ponts thermiques au droit des nez de dalles, poteaux, acrotères, façades rideaux),

  • barrière vapeur et gestion des couches (le mauvais assemblage provoque condensation interne),

  • étanchéité à l’air : un hall bassins “fuit” et vous payez deux fois (chauffage + déshumidification),

  • vitrages : la tentation du “tout vitré” explose les besoins et le confort d’été. Si vous vitrez, faites-le avec une stratégie : orientations, facteur solaire, protections, réduction des surfaces critiques.

Ce travail “enveloppe” conditionne directement la capacité à tenir une exigence de conception énergétique indépendante des systèmes.

5.2. Traitement d’air / déshumidification : viser sobriété et récupération

Dans un centre aquatique, la performance passe par :

  • une déshumidification pilotée au plus juste (point de consigne réaliste, sondes fiables, régulation robuste),

  • une récupération d’énergie maximisée sur l’air extrait (rendements réels, pas seulement catalogue),

  • une limitation des débits au strict nécessaire, sans compromettre la qualité d’air (chloramines).

La dérive typique : sur-ventiler “par sécurité” et compenser par la puissance. Résultat : Cep/Cep,nr explosent, et le confort devient instable. La bonne approche est l’ingénierie fine des scénarios : occupation, pics, compétitions, scolaire, été/hiver.

5.3. Chauffage de l’eau : arbitrer tôt, très tôt

Les postes majeurs :

  • maintien en température des bassins,

  • appoint sur l’eau neuve,

  • ECS douches,

  • pertes par évaporation (liées à T° air/eau, HR, vitesse d’air).

Le décret distingue l’impact carbone des consommations (Icénergie) selon certains cas, notamment raccordement à réseau de chaleur.
Pour un centre aquatique, un raccordement réseau (si disponible) peut être un levier structurant, mais il faut l’arbitrer à l’ESQ/APS : c’est une décision qui impacte l’architecture technique, les surfaces, et le modèle d’exploitation.

5.4. Réduire l’évaporation : le levier “simple” souvent sous-estimé

Peu de leviers sont aussi efficaces que la réduction des pertes par évaporation :

  • couvertures (bâches, volets) sur certains bassins,

  • scénarios d’exploitation (temps de couverture, abaissements nocturnes),

  • limitation des vitesses d’air au-dessus de l’eau.

Ce n’est pas qu’un sujet OPEX : c’est un sujet RE2020, car évaporation = puissance de déshumidification + puissance de chauffage.

5.5. Pompages et hydraulique : gains silencieux, gains réels

Les pompes tournent, tout le temps. Les gains viennent de :

  • variateurs correctement paramétrés,

  • pertes de charge optimisées (dimensionnement, vannes, réseaux),

  • filtration adaptée à l’usage.

Un projet RE2020 “réussi” côté centre aquatique n’est pas seulement une chaufferie : c’est aussi une hydraulique optimisée.

6) Carbone construction : le sujet qui rattrape tous les projets à partir de l’APD

Un centre aquatique consomme beaucoup de béton, d’acier, d’étanchéité, d’équipements techniques. Le décret met explicitement dans les exigences le changement climatique associé aux composants du bâtiment.

Même si vous ne cherchez pas une certification, vous devez organiser :

  • une stratégie de matériaux (bétons bas carbone, optimisation des volumes, préfabrication pertinente, charpentes mixtes…),

  • une discipline de données environnementales (FDES/EPD) cohérente,

  • des arbitrages “carbone vs maintenance” (un matériau bas carbone mais fragile en ambiance chlorée peut être un mauvais choix global).

Dans un hall bassins, la durabilité est non négociable. La mauvaise solution est celle qui “passe” l’indicateur carbone mais dégrade la tenue en exploitation (corrosion, délamination, reprises).

7) Confort d’été : un risque majeur dans les hall bassins modernes

Le décret impose de limiter les situations d’inconfort en période estivale.
Dans un centre aquatique, l’inconfort d’été peut devenir critique :

  • grandes façades vitrées,

  • apports solaires,

  • humidité élevée qui dégrade la sensation thermique,

  • impossibilité de “simplement ouvrir” sans perturber hygrométrie et corrosion.

Le confort d’été se gagne par :

  • protections solaires extérieures efficaces,

  • maîtrise des vitrages (g-value),

  • inertie et limitation des apports internes,

  • stratégies aérauliques compatibles avec la déshumidification.

8) Gouvernance projet : intégrer RE2020 sans subir

8.1. Programmer “exploitation + RE2020” ensemble

Un centre aquatique ne se programme pas uniquement en m² et en lignes d’eau. Il faut intégrer :

  • amplitudes horaires, scolaire, clubs, événements,

  • consignes réalistes (T° eau, T° air, HR),

  • stratégie de fermeture/abaissements,

  • modèle de maintenance (P2/P3, compétences internes).

Ces paramètres alimentent directement la cohérence de la conception énergétique et la stabilité des résultats.

8.2. Mettre des jalons RE2020 contractuels dans la MOE

Sans jalons, la RE2020 devient une “découverte” au dépôt ou à l’achèvement. Le portail RT-RE rappelle l’existence des textes sur les attestations au dépôt et à l’achèvement, ainsi que l’étude de faisabilité énergétique.
En pratique, prévoyez :

  • une revue ESQ/APS “enveloppe + scénarios d’usage”,

  • une revue APD “choix systèmes + trajectoire indicateurs”,

  • une revue PRO “données environnementales + cohérence exploitation”.

8.3. Commissioning et réglages : la performance se perd souvent après la réception

Les centres aquatiques dérivent parce que :

  • les régulations sont mal stabilisées,

  • les sondes sont mal placées,

  • les consignes sont incohérentes,

  • l’exploitation “corrige” en augmentant les débits et les températures.

La meilleure façon de tenir l’ambition RE2020 (et l’économie) est d’exiger un commissioning sérieux, avec suivi et optimisation post-livraison.

9) Checklist “permis 2026” dédiée centre aquatique

  1. Date de dépôt : si dépôt ≥ 1er mai 2026, application de l’extension.

  2. Qualification du périmètre : hall bassins et zones annexes relèvent-ils d’une contrainte “température/hygrométrie/qualité d’air” pouvant justifier une exclusion ?

  3. Découpage en parties (bureaux/accueil/locaux secs vs zones humides).

  4. Stratégie enveloppe (vapeur/étanchéité/ponts thermiques/vitrages).

  5. Stratégie air (déshumidification + récupération + débits maîtrisés).

  6. Stratégie chaleur (réseau, ENR, récupération, ECS).

  7. Carbone construction : données environnementales et arbitrages durabilité/ambiance chlorée.

  8. Confort d’été : protections solaires, g-value, scénarios compatibles humidité.

  9. Jalons et livrables : études, attestations, preuve, commissioning.

Conclusion

La RE2020 au 1er mai 2026 crée une obligation de performance qui, pour un centre aquatique, ne peut pas être traitée comme un simple “dossier thermique”. Le premier enjeu est de qualifier l’assujettissement (ou une éventuelle exclusion) des zones les plus contraintes, car le décret vise explicitement les bâtiments nécessitant des conditions particulières de température, hygrométrie ou qualité d’air.

Ensuite, si le projet (ou des parties du projet) est assujetti, la réussite passe par une démarche intégrée : enveloppe maîtrisée, aéraulique sobre, récupération d’énergie, stratégie chaleur arbitrée très tôt, carbone construction piloté sans sacrifier la durabilité en ambiance chlorée, et confort d’été traité comme un sujet central.

Si vous le souhaitez, je peux aussi vous produire une trame de programme “centre aquatique compatible RE2020” (exigences d’usage, consignes, hypothèses, livrables MOE, jalons et pièces attendues), utilisable telle quelle en AMO.

Références

  • Patrick Bayeux, « Équipements sportifs et RE 2020 : de nouvelles exigences énergétiques et environnementales obligatoires à compter du 1er mai 2026 », patrickbayeux.com

  • République française, « Décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026 relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale applicables à la construction de bâtiments ou parties de bâtiments », Journal officiel de la République française, 17 janvier 2026

  • Légifrance, « Code de la construction et de l’habitation – dispositions relatives à la performance énergétique et environnementale (RE2020) », Légifrance

  • Ministère de la Transition écologique, « RT-RE Bâtiment – Textes : exigences et méthode (RE2020) », RT-RE Bâtiment

  • Ministère de la Transition écologique, « RE2020 – Attestations de respect de la réglementation environnementale », RT-RE Bâtiment

  • Ministère de la Transition écologique, « Annexe à l’article R.172-4 du CCH (chapitres I à III) – version applicable aux dépôts après le 1er mai 2026 », RT-RE Bâtiment

  • CSTB, « Service de génération des attestations RE2020/RT2012 », CSTB

  • Ministère de la Transition écologique, « Guide RE2020 », RT-RE Bâtiment 

  • Fédération Française du Bâtiment (FFB), « La RE2020 étend son périmètre d’application à partir du 1er mai 2026 », FFB

  • Maire-info, « RE2020 : extension aux bâtiments tertiaires spécifiques à compter du 1er mai 2026 », Maire-info