Fin de la vidange annuelle obligatoire en piscine publique : ce qui change, et comment adapter votre maintenance

La publication, au Journal officiel du 24 décembre 2025, d’un décret et de deux arrêtés reconfigure en profondeur la doctrine “maintenance + hygiène” des piscines publiques et privées à usage collectif : la vidange complète annuelle “systématique” n’est plus la règle de base. À la place, le cadre devient piloté par la qualité de l’eau, la maîtrise des risques et la traçabilité.

Pour les exploitants, directeurs d’équipements et services techniques, c’est une bonne nouvelle (eau, énergie, disponibilité), mais aussi une exigence : si vous ne videz plus “par habitude”, il faut prouver que vous maîtrisez.

Remarque de transparence : l’article Maire-info cité dans votre demande n’a pas pu être chargé via l’outil (erreur technique). J’ai donc travaillé à partir des textes officiels et de relai institutionnels/sectoriels qui reprennent la même information.

1) Ce que disent les textes : la bascule vers une logique “qualité/risque”

Les 3 textes structurants (JO du 24/12/2025)
  • Décret n° 2025-1285 du 19 décembre 2025 relatif à la sécurité sanitaire des eaux de piscine.

  • Arrêté SFHP2528835A du 19 décembre 2025 : dispositions techniques applicables aux piscines (au sens de l’article D.1332-1 du CSP).

  • Arrêté SFHP2528836A du 19 décembre 2025 : modifications de plusieurs arrêtés relatifs aux eaux de piscine et baignades artificielles (paramètres, contrôles, surveillance…).

Abrogation de l’arrêté historique de 1981

L’arrêté du 19/12/2025 (SFHP2528835A) abroge l’arrêté du 7 avril 1981 (qui avait été modifié, notamment, pour intégrer la vidange annuelle).

2) La règle “vidange” après réforme : fin du calendrier, place à des déclencheurs

Le principe général : vidanger “autant que nécessaire” pour respecter la qualité

Le texte pose que la vidange complète doit être réalisée à une fréquence permettant le respect des limites et références de qualité applicables à l’eau de piscine.

La nouveauté clé : déclenchement sur “indicateurs de vieillissement/dégradation”

Pour les bassins “classiques” (hors pataugeoires/bains à remous/bassins individuels sans remous), l’arrêté prévoit une vidange complète en cas de non-respect d’indicateurs de vieillissement ou de dégradation, fixés par un arrêté ministériel.

Point de vigilance opérationnel : l’entrée en vigueur de cette disposition est conditionnée à la publication de l’arrêté qui fixera ces indicateurs (article 19 de l’arrêté SFHP2528835A). En pratique, cela renforce l’idée : vous devez déjà fonctionner en logique “qualité/risque”, mais l’outillage réglementaire précis (liste d’indicateurs) dépend d’un texte complémentaire.

Ce qui ne change pas (ou peu) : pataugeoires et bains à remous restent très encadrés

L’arrêté maintient des fréquences minimales de vidange complète :

  • Pataugeoires et bains à remous ≥ 10 m³ : au moins 2 fois/an

  • Bains à remous < 10 m³ : au moins 2 fois/mois

  • Bassins individuels et sans remous : au moins 1 fois/semaine

Et la vidange doit être accompagnée d’un nettoyage + désinfection complète.

Pouvoirs de l’autorité sanitaire (Préfet/ARS)

Le préfet peut demander la vidange sur proposition de l’ARS (DG ARS) si :

  • propreté insuffisante,

  • eau non conforme malgré mesures,

  • ou toute anomalie présentant un danger sanitaire.

3) Renouvellement d’eau : l’obligation “30 L/baigneur/jour” demeure (et se pilote)

La réforme ne signifie pas “moins d’eau quoi qu’il arrive”. Elle maintient un socle :

  • Renouvellement journalier d’au moins 30 litres d’eau non recyclée par baigneur, chaque jour d’ouverture, avec possibilité d’augmentation sur demande du préfet après avis ARS.

  • Mise en place de compteurs totalisateurs dédiés aux renouvellements journaliers (avec exigences renforcées pour piscines ouvertes/rénovées après 01/01/2022 sur l’implantation des compteurs).

En clair : la performance repose sur un triptyque renouvellement maîtrisé + traitement performant + surveillance/traçabilité.

4) Pourquoi ce changement : eau, continuité de service… mais sans compromis sanitaire

Le gouvernement a explicitement motivé la réforme par :

  • les volumes d’eau mobilisés,

  • les fermetures longues,

  • les coûts associés pour les collectivités,
    tout en confirmant l’objectif de sécurité sanitaire.

5) Impacts directs sur la maintenance : ce que vous devez “muscler” dès maintenant

La fin du rituel annuel change la nature de la maintenance : on passe d’une maintenance “événementielle” (grande coupure/vidange) à une maintenance continue, documentée, instrumentée.

5.1. Renforcer la surveillance “process” (pas seulement les analyses ARS)

Le pilotage quotidien doit intégrer, a minima :

  • fiabilité des mesures (pH, chlore libre/combiné selon filière, température, ORP si utilisé),

  • cohérence hydraulique (débits, temps de recyclage, écrémage),

  • encrassement filtration (pertes de charge, cycles de lavage),

  • suivi du renouvellement (compteurs, cohérence avec fréquentation).

L’arrêté SFHP2528836A renforce par ailleurs des exigences de prélèvements/conditions (ex. chaîne du froid 2–8°C, remise au labo sans délai, démarrage des analyses microbiologiques le jour même pour certains volets). Cela pousse à professionnaliser l’organisation du contrôle et de la surveillance.

5.2. Repenser la “grande coupure” : on ne supprime pas, on re-cible

Même sans vidange annuelle obligatoire, vous aurez toujours intérêt à programmer des séquences de :

  • inspections structurelles (joints, grilles, pièces à sceller, plages, goulottes),

  • détartrage ciblé,

  • nettoyage approfondi des zones d’accumulation,

  • maintenance lourde (vannes, pompes, échangeurs, CTA, déchloramination…).

La différence : la justification n’est plus “c’est annuel”, mais “c’est notre plan de maîtrise sanitaire + plan de maintenance patrimoniale”.

5.3. Tenir une traçabilité “audit-ready”

Si vous vidangez moins, la question devient : comment démontrez-vous que la qualité est tenue et que le bassin ne “vieillit” pas ?
Votre carnet sanitaire et votre GMAO doivent produire :

  • courbes de paramètres,

  • preuves de calibrations (sondes, débitmètres),

  • preuves de lavages/contre-lavages,

  • suivi des non-conformités et actions correctives,

  • cohérence fréquentation ↔ renouvellement ↔ résultats.

C’est précisément le type de points qui, en audit d’exploitation/maintenance, permet de sécuriser l’exploitant face à l’ARS et à l’autorité organisatrice.

6) Anticiper les futurs “indicateurs de vieillissement” : construire vos indicateurs internes

Les indicateurs réglementaires spécifiques seront fixés par un arrêté à venir (référence explicite dans l’arrêté SFHP2528835A).
En attendant, la meilleure stratégie est de mettre en place des indicateurs internes (non présentés comme des seuils réglementaires), orientés “signaux faibles”, par exemple :

  • dérives chroniques (instabilité pH/chlore),

  • augmentation des besoins en oxydant/désinfectant à fréquentation comparable,

  • hausse de la turbidité ou baisse de transparence en fin de journée,

  • épisodes répétés de chlore combiné élevé (selon filière) et plaintes “odeur/irritations”,

  • encrassement anormal des filtres / lavages plus fréquents,

  • multiplication des non-conformités ou alertes ARS.

Le but : objectiver un vieillissement (charge organique, sous-produits, minéralisation) avant d’être contraint à des mesures brutales.

7) Méthode opérationnelle : un “plan de gestion de l’eau” à intégrer au contrat d’exploitation

Voici une trame directement réutilisable dans vos procédures internes (et utile en CCTP/avenant d’exploitation) :

  1. Modèle de fréquentation (journalière / hebdo / saison)

  2. Cible de renouvellement : 30 L/baigneur/jour (socle) + marge d’ajustement (pics, écoles, événements)

  3. Stratégie de lavage des filtres : optimisation volumes / fréquence / qualité eau de lavage (et, le cas échéant, dispositifs de réutilisation autorisés)

  4. Contrôles instrumentés : check calibrations et cohérence des capteurs

  5. Seuils internes d’alerte (non réglementaires) + plan d’action gradué :

    • actions process (hydraulique, dosage, lavage, choc oxydant, floculation…),

    • actions d’exploitation (limitation d’activités, réduction charge, fermeture temporaire),

    • actions “structurelles” (nettoyage profond, interventions réseaux, puis, si nécessaire, vidange ciblée).

  6. Information/coordination ARS : anticipation des vidanges périodiques et traçabilité (notification 7 jours avant, selon le champ d’application prévu).

8) Gains potentiels : eau… mais aussi énergie et disponibilité

Éviter une vidange annuelle systématique, c’est généralement :

  • économiser le volume du bassin (ou une grande part),

  • réduire l’énergie de remise à température (et parfois de déshumidification),

  • limiter la perte d’exploitation liée aux fermetures.

Exemple simple (ordre de grandeur) : un bassin sportif ~25 m × 10 m × 2 m moyen ≈ 500 m³. Une vidange complète, c’est 500 000 litres, auxquels s’ajoutent l’eau de rinçage/nettoyage et le redémarrage. Le gain réel dépendra du scénario (vidange totale vs partielle, eau de lavage, etc.), mais l’intérêt économique est structurel, d’où la décision gouvernementale.

9) Ce que recommande AQUA PROXIMA : transformer la contrainte réglementaire en levier de performance

La réforme ne “supprime” pas la maintenance ; elle l’oblige à devenir plus professionnelle et plus démontrable. Pour un centre aquatique, les actions à plus forte valeur sont :

  • Audit “maintenance & qualité d’eau” : cohérence hydraulique, instrumentation, pratiques de lavage, organisation, traçabilité, conformité aux textes, plan pluriannuel.

  • Mise à jour des procédures (surveillance, non-conformités, nettoyage/désinfection, gestion de crise) — dans l’esprit des attendus déjà rappelés par la DGS dans ses documents d’accompagnement de la réglementation.

  • Révision des marchés P2/P3 / CCTP : intégrer des KPI “qualité/renouvellement/traçabilité” plutôt qu’un jalon “vidange annuelle”.

Références (textes et sources)

  • Décret n° 2025-1285 du 19 décembre 2025 relatif à la sécurité sanitaire des eaux de piscine (Légifrance).

  • Arrêté SFHP2528835A du 19 décembre 2025 relatif aux dispositions techniques applicables aux piscines (Légifrance) — notamment renouvellement 30 L/baigneur/jour, compteur, vidanges et abrogation de l’arrêté de 1981.

  • Arrêté SFHP2528836A du 19 décembre 2025 modifiant plusieurs arrêtés relatifs aux eaux de piscine et baignades artificielles (Légifrance).

  • Communiqué “Le Gouvernement met fin à la vidange annuelle obligatoire…” (Ministère de la Santé, 19/11/2025).

  • Synthèse “Les textes abrogeant l’obligation de vidange annuelle…” (Banque des Territoires / Localtis, 05/01/2026).

  • Instruction DGS/EA4/2021/214 du 20 octobre 2021 (BO Santé) : guide de mise en œuvre de la réglementation eaux de piscine (contexte, doctrine de contrôle/surveillance).